cie stanislaw wisniewski

27 novembre 2008

…La rencontre entre Stanislaw Wisniewski et son interprète Cécile Pégaz témoigne d'audace. Dans un solo intimiste... Une Lolita au regard sombre tente de s'arracher à ses obsessions... se dilate, se rebelle, si intense et si sincère qu'on la découvre toujours... C'est minimaliste, et c'est immense." Thomas Hahn, Danser, janvier 2007 : les spectacles qui ont marqué l'année

"…Interprétation hors pair... La danseuse se transforme en une icône vivante… Transfigurée par la scène et galvanisée par la musique enivrante, elle délivre un flux incessant d'émotions contenues... Ici opèrent la sensualité, la présence et la "défonce" du corps en représentation, et en interactivité avec le public... Une empathie qui saisit le spectateur et ne se relâche jamais… médusé par une telle performance… Ici tout est vrai, rien n'est simulé"

Geneviève Charras, Turbulences Vidéo, oct 2006

"...Proposition parfaitement radicale… Quelque chose de dramatique et de troublant naît de la répétition elle-même et ce quelque chose est délibéré... pas sans changement… une danseuse exceptionnelle… une danse retenue et exigeante... L'expérience est passionnante…"

Philippe Verrièle, Les Hivernales, Point Danse, juillet 2006

"...Là où le danseur rend possible l'expérience du temps et lui donne un visage, le chorégraphe peut se permettre de le modeler, de le comprimer, de le dilater ou encore de le déconstruire. L'un des exemples les plus marquant de la saison passée est un solo absolument radical du chorégraphe polonais Stanislaw Wisniewski qui porte le titre surréaliste d'une citation de Witkiewicz : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre". Ici, Cécile Pégaz répète apparemment à l'infini une boucle, jusqu'à ce que le spectateur en perde la sensation du temps. Elle est l'image-temps et l'image-mouvement deleuziennes à la fois. Sur l'affiche, sa silhouette se découpe en bandes parallèles décalées. Cette image résume tout : le lien déchiré au monde, l'équidistance de l'intervalle, la fin des hiérarchies ..."

Thomas Hahn , Ballettanz, Hors-série "Le temps suffit" septembre 2007

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Le monde septembrisait en octobrisant lentement

vers novembre

Chorégraphe : Stanislaw Wisniewski

Interprète : Cécile Pégaz

Musique : Myslovitz "To nie byl film" ("Ce n'était pas un film")

Durée 50’

Coproduction : Cie Stanislaw Wisniewski /Centre Culturel C. Chaplin de Vaulx-en-Velin
Soutiens : DRAC et Région Rhône-Alpes, Conseil Général dans le cadre de la politique de la ville

CCN de Rillieux-la-Pape, CND de Lyon

Ville et Service Municipal des Affaires Culturelles de Chassieu

"C'est dans un même mouvement que la répétition comprend la différence,

non pas comme une variante accidentelle et extrinsèque, mais comme son cœur."

(Gilles Deleuze, Différence et répétition)

Féminin masculin à l'impersonnel du singulier, semblable et anonyme, une et multitude… Sur un air de notre temps, une chanson entraînante délivre les bribes de son histoire en filigrane. Les mots sont déjà là, étrangers ou assimilés, et affluent sans repos.

Elle interroge fébrilement du regard son image dans le public, miroir sans tain… Mais l'image se fige, ou se brouille. Une main au contact de son front vient en délimiter le dedans et les dehors. Et déjà d'autres reflets en surfaces, au sol, balisent ses pas, dans une direction puis une autre. Elle se replie en ressentis, ou s'érige en défis, et se remet en marche pour réunir le bout à bout de ses actions découpées. Dans un temps où réel et différé se confondent, elle lie et délie les frontières d'un espace de représentationsLe présent s'étire et se rétracte en déjà-vus, déjà-vécus ou s'immobilise, s'éternise, et enfin advient.

Différence et assimilation, espace individuel et culture urbaine, rupture et permanence dans le présent, la mémoire, subjectivité et répétition,  s'affrontent au devant du regard dans un mouvement perpétuel jusqu'à l'immobilité...

Cette pièce a été présentée :

en juillet 2006 pour sa création au Festival d'Avignon / en novembre 2006 sélection du FESTIVAL INTERNATIONAL DE DANSE DE LUBLIN / du 24 au 26/02/07 au Théâtre des deux rêves à Paris / le 22/03/07 en Slovaquie, en ouverture des JOURNEES CULTURELLES FRANCOPHONES à l'invitation de l'Institut français de Bratislava, de l'Alliance Française de Košice / les 21 et 22 septembre 2007 à La Guillotine de Montreuil / le 1er octobre 2007, à l'invitation de Karine Saporta, en ouverture des lundi de la danse qu'elle va programmer tout au long de l'année au Lavoir Moderne Parisien/ du 4 au 6/10/2007 au Centre Culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin / A l’invitation des Petites Scènes Ouvertes de Brest, au Vauban le 7/03/08 / En ouverture de saison à Micadanses le 22/09/08.

Prochainement : Festival Artdanthé de Vanves (mercredi  21 janvier 2009 à 19h30)

…La rencontre entre Stanislaw Wisniewski et son interprète Cécile Pégaz témoigne d'audace. Dans un solo intimiste... Une Lolita au regard sombre tente de s'arracher à ses obsessions... se dilate, se rebelle, si intense et si sincère qu'on la découvre toujours... C'est minimaliste, et c'est immense." Thomas Hahn, Danser, janvier 2007 : les spectacles qui ont marqué l'année 2006

"…Interprétation hors pair... La danseuse se transforme en une icône vivante… Transfigurée par la scène et galvanisée par la musique enivrante, elle délivre un flux incessant d'émotions contenues... Ici opèrent la sensualité, la présence et la "défonce" du corps en représentation, et en interactivité avec le public... Une empathie qui saisit le spectateur et ne se relâche jamais… médusé par une telle performance… Ici tout est vrai, rien n'est simulé"

Geneviève Charras, Turbulences Vidéo, oct 2006

"...Proposition parfaitement radicale… Quelque chose de dramatique et de troublant naît de la répétition elle-même et ce quelque chose est délibéré... pas sans changement… une danseuse exceptionnelle… une danse retenue et exigeante... L'expérience est passionnante…"

Philippe Verrièle, Les Hivernales, Point Danse, juillet 2006

"...Là où le danseur rend possible l'expérience du temps et lui donne un visage, le chorégraphe peut se permettre de le modeler, de le comprimer, de le dilater ou encore de le déconstruire. L'un des exemples les plus marquant de la saison passée est un solo absolument radical du chorégraphe polonais Stanislaw Wisniewski qui porte le titre surréaliste d'une citation de Witkiewicz : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre". Ici, Cécile Pégaz répète apparemment à l'infini une boucle, jusqu'à ce que le spectateur en perde la sensation du temps. Elle est l'image-temps et l'image-mouvement deleuziennes à la fois. Sur l'affiche, sa silhouette se découpe en bandes parallèles décalées. Cette image résume tout : le lien déchiré au monde, l'équidistance de l'intervalle, la fin des hiérarchies ..."

Thomas Hahn , Ballettanz, Hors-série "Le temps suffit" septembre 2007

Cécile Pégaz

Cécile Pégaz a reçu une formation principale en danse classique et contemporaine au Conservatoire National de Région à Lyon. Elle intègre ensuite la Compagnie Stanislaw Wisniewski pour la création de Ma mère l'Oye présentée en 2000 à l’Opéra national de Lyon. Elle participe depuis lors à toutes les créations de la Compagnie, en résidence au Centre Culturel C. Chaplin de Vaulx en Velin. En 2005, Portraits et Ce n’était pas un film lui ont valu un 1er prix d'interprétation en danse contemporaine au Festival International de Prague. Dès ces débuts, elle explore d’autres registres d’expression scénique par la recherche et le travail théâtral contemporain. En 2001, Gilles Chavassieux au Théâtre Les Ateliers lui confie le rôle d'un l’enfant au delà de la mort, dans sa mise en scène de 9mm de Lionel Spycher. En 2001 et 2002, elle apparaît dans les mises en

scène de R. Planchon Approche de Holderlin

Villeurbanne. Au cinéma en 2003, elle

court-métrage de Geoffrey Enthoven et

dans différents festivals dont celui d'expression au travers de

Dans la création en 2000 de

et Félicie la Provinciale au TNP de

accepte le rôle principal d’Héliotrope,

Sara Mac Master, en compétition

Gand. Elle développe cette source

différentes collaborations.

Giacometti ou l'oiseau n'a pas de

Visage, mise en scène par Albert Simond au Théâtre du Rond Point de Valréas, elle incarne aussi bien femmes, matière, sculptures… La frontière entre théâtre et danse disparaît. Elle participe ainsi à une création jeune public Jauk inspirée du théâtre balinais et mise en scène par Fabrice Taponard. Cette synthèse artistique qui caractérise son évolution trouve toute sa place dans les chorégraphies de Stanislaw Wisniewski qui associent volontiers d’autres arts…. En 2008, elle a été chorégraphe et interprète de la comédie musicale « Rendez-vous demain soir » crée par la Cie Mac Guffin’s à Lyon. Elle a également chorégraphié Les quatre saisons de Stanislaw Wisniewski avec le Lublin Dance Theater à Lublin et participé à la création franco-slovaque « Quelque chose est rouge » performance théâtrale de la Cie Là Hors de, mise en scène par Nathalie Veuillet.

Stanislaw Wisniewski

Danseur professionnel à un très jeune âge en Pologne, Stanislaw Wisniewski y a acquis une culture chorégraphique foisonnante alliant danses traditionnelle, classique, et moderne. Aux côtés du metteur en scène et chorégraphe Conrad Drzewiecki et du Théâtre Polonais de la Danse à Poznan, il a pris part aux premières créations de la danse contemporaine en Pologne.

Il a choisi il y a vingt cinq ans de s’installer en France où il a embrassé un répertoire tant néoclassique, que Modern-dance et contemporain. Après le Ballet d’Avignon puis le Ballet du Rhin, il intègre le Ballet National de l’Opéra de Lyon où il a travaillé avec Maguy Marin, Bill T. Jones, Angelin Preljocaj, Mats Ek, Christopher Bruce, William Forsythe... et y créé ses premières pièces dont l’une reçoit le Prix du Tokyo International Choregraphy Competition en 1991.

En fondant sa compagnie en 1995, avec laquelle il a créé une quinzaine de pièces à ce jour, il fait passer l’écriture chorégraphique au premier plan mais poursuit ses recherches de danseur au plus près de ses interprètes. Portraits chorégraphié en 2004, y marque un tournant à partir duquel s’affirment de plus en plus radicalement les topiques qui lui sont chers. Subjectivité et image dissèquent l’époque contemporaine, l'ère du Je et de l’accumulation, de la représentation et la reproduction mécanisée. Mémoire au présent, identité et altérité culturelle puisent à la vie du chorégraphe même.

En juillet 2006, Stanislaw Wisniewski a créé au Festival d'Avignon Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre sélectionné par Thomas Hahn pour la rédaction de la revue Danser comme le meilleur spectacle de l'année et que Micadanses a présenté le 22 septembre 2008 en ouverture de saison.  Afin de poursuivre ce travail, une résidence de recherche à Micadanses lui permet d’élaborer sa nouvelle création Okno qu’il présente du 16 au 18 octobre 2008 au Centre Culturel C. Chaplin de Vaulx en Velin. En avril 2008, il participe avec 2 formes brèves (Sonnez avant d’entrer et l’Escalier du diable) à l’inauguration du Dansoir et au Festival du Parvis Paris-Printemps par Karine Saporta en partenariat avec la Bibliothèque Nationale. En juillet 2008, Stanislaw Wisniewski initie un échange avec la cie du Lublin Dance Theater où il est reçu en résidence pour la création de :  Les quatre saisons, présentée du 18 au 21 juillet dans les sites historiques de la ville de Lublin. La Cie Stanislaw Wisniewski a été invitée par l’Ambassade de France en Slovaquie, en collaboration avec l’Institut Français de Bratislava, à présenter une pièce de son répertoire (Le Neveu de Rameau) dans le cadre des célébrations de la nouvelle présidence française de la Communauté européenne. La cie à fait participer plusieurs danseurs polonais à la re-création de cette chorégraphie dans la ville de Bratislava.

Autour de son travail de création, il a partagé son expérience avec des publics très variés professionnels, étudiants ou amateurs, (l'INSA de Lyon pour la section Danse-Etude, les Conservatoires Nationaux de Région où il a associé les jeunes danseurs au processus de création…). Le Centre National de la Danse de Lyon et l’ENSATT, le Défilé de la Biennale de la Danse 2004 de Lyon l'ont également sollicité en ce sens... La compagnie en résidence durant dix ans à Vaulx-en-Velin a tissé des liens étroits avec les habitants, faisant appel aux cultures de différentes communautés, en menant des actions de sensibilisation dans les écoles et lycées en amont des créations. La collaboration avec le Centre Culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin se poursuit avec l'accueil des spectacles de la Compagnie. Elle assure également depuis 2005 le tutorat d’Empi et Riaume une association de danses et musiques traditionnelles basée à Romans. En 2008, Stanislaw Wisniewski a chorégraphié pour elle une pièce issue du répertoire présentée au festival folklorique d’Aurillac. Il a initié cet été un échange avec le groupe de Strzegom en Pologne et son festival.

© Arthur Radecki

Le titre de cette pièce est extrait du roman de Witkacy "L'unique issue"

Cie Stanislaw Wisniewski : 22 rue des Capucins 69001 Lyon

tél/fax : 00 33 (0)4 78 39 54 89 - 00 33 (0)6 11 37 13 48 cie.wisniewski@free.fr

Communication/diffusion : Judith Wattez 134 rue Nationale 75013 Paris

tél/fax : 00 33 (0)1 56 61 10 36 - 00 33 (0)6 80  20 90 76  judith.wattez@9online.fr

Cie Stanislaw Wisniewski – Association régie par la loi de 1901 –SIRET 402 353 460 00023 – APE 923A –

Licence de spectacle: en cours de renouvellement  (anciennement : R/69/1095)

Extrait de l'émission "Tempête sur les planches" en direct sur Radio Libertaire le 25/02/2007

Thomas Hahn reçoit Cécile Pégaz et Stanislaw Wisniewski au sujet de la chorégraphie                           

"Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"

(…)

- Thomas Hahn : Nous allons maintenant faire connaissance avec le rock polonais et la danse contemporaine française : Cécile Pégaz et Stanislaw Wisniewski, Stanislaw Wisniewski qui est chorégraphe, et Cécile qui est son interprète, et tous les deux viennent de Lyon... Je vous salue (…) Stanislaw, qu'est ce que c'est cette musique ?

- Stanislaw Wisniewski : C'est la musique d'un groupe polonais pop rock qui s'appelle "Myslovitz". Le titre est "To nie byl film", en traduction "Ce n'était pas un film". C'est un groupe connu en Pologne et qui interprète des textes d'auteurs. Cette chanson raconte l'histoire d'un garçon qui se promène dans la rue…il s'ennuie… il essaie un peu d'occuper son temps… et pourquoi pas s'inspirer de films de séries B, ou du cinéma américain…et prendre un fusil, et tuer des belles filles qui ne font pas attention aux jeunes gens comme lui…

TH : Alors est ce que tu as fait ce solo pour un public français ou pour un public polonais ? Est ce qu'il y a une importance pour les polonais qui vivent en France, ou pour le public polonais quand vous jouez en Pologne, à comprendre les paroles ?

SW : Je pense que oui… parce qu'évidemment le texte véhicule une situation très claire donc on est moins dans quelque chose d'abstrait ou imaginatif… mais je pense que mon choix était plutôt universel donc je ne me posais pas de question à ce sujet…

TH : Alors pour le public français… il est assez ouvert de se faire une idée du personnage qu'on rencontre…Et la rencontre est forte !

SW : Oui je crois, avec l'expérience maintenant du spectacle qu'on a déjà joué, que la musique est vraiment très bien accueillie… et au contraire : porteuse… Tout le monde peut se trouver dedans, ressentir ou vivre des choses propres à chacun…C'est un peu aussi ma démarche : il ne s'agissait pas de donner une musique uniforme mais justement par des sonorités, réveiller nos sensibilités, susciter une réflexion…

TH : …C'est la musique (extrait)… Par contre elle passe en boucle… Alors le problème pour quelques spectateurs, c'est ça… Il faut dire que ce n'est pas un spectacle totalement facile. C'est un spectacle radical. (…) C'est un spectacle qui demande un peu d'investissement du spectateur… C'est quelque chose qui va au bout… Ca fonce…! Et c'est très curieux pour nous en tant que spectateur qu'on nous rejoue une sorte de boucle musicale… et une boucle chorégraphique aussi… une fois et une deuxième fois, troisième fois, quatrième, et encore et encore… Mais par contre, Cécile est tellement impressionnante qu'on ne s'en lasse absolument pas… surtout qu'il n'y a pas une simple répétition : il y a aussi une évolution, des changements, des états… Qu'est ce que tu peux nous en dire Cécile ?

- Cécile Pégaz : En fait, je pense que la chorégraphie est là un peu comme un emploi du temps… comme dans la vie de tous les jours… On va déjeuner, on va travailler… Et là, je fais tel mouvement après tel mouvement, mais finalement après elle passe au second plan… C'est les détails qui changent, simplement de l'être du moment, et ils ressortent… plus que la forme de la chorégraphie.

TH : On pourrait y voir éventuellement un artiste qui nous parle, dans l'autre sens du terme, de répétition : comment on sue… on transpire… quand on répète un spectacle encore et encore…

CP : Oui, mais en fait, pour moi, c'est aussi une seule phrase entière, autre que la boucle qui se répète… C'est une vie de A à Z.

TH : Alors comment est-ce que tu fait sur scène pour avoir ces yeux complètement noirs comme deux trous, comme deux trous noirs dans l'univers ?

CP : Je ne le fais pas. Ils viennent tous seuls…

TH : Stanislaw, elle fait comment ?!?

SW : Je crois qu'au début… c'est vrai que c'est une pièce radicale… Bon, on peut le dire aujourd'hui, oui... Mais au moment où on la créée, c'est des sentiments, c'est des envies qui nous poussent un peu à aller vers là… Et c'est vrai qu'elle a cette faculté d'aspirer le spectateur, de s'engouffrer… mais pas de s'engouffrer vers elle, mais je pense s'engouffrer vers nous-même. Et moi, la boucle de la chorégraphie, je peux la comparer à une respiration… On est obliger de toujours reprendre de l'air pour vivre... C'est une manière décalée de montrer

la vie, cette respiration nécessaire, et en même temps aussi de se questionner… parce que moi-même, hier soir, je me posais des questions aussi par rapport à ce qu'on fait et ce qui se passe sur le plateau. Et aussi, c'est un spectacle qui circule entre le plateau et les spectateurs… donc des fois on sait plus où se situer…

CP : En fait, le personnage que j'incarne est un peu comme une éponge de la société… parfois victime parfois bourreau… victime de ses désirs de ses pulsions… Il y a donc différentes choses qui passent à travers moi, et qui sont très différentes.

TH : On a l'impression que la fille essaie de s'arracher à quelque chose, mais que quelque chose aussi l'oblige à toujours continuer, toujours reprendre… C'est un cercle vicieux, il y a là quelque chose dont elle n'arrive pas à sortir et elle est obligée… Moi, ça me fait penser à l'univers de Sarah Kane. Ca me fait penser à la folie, aux problèmes d'amour, à la drogue, avec quelque chose de totalement obsessionnel dont on arrive pas à sortir…

CP : Oui, c'est la boucle aussi qui crée ça. Parfois, j'agis. Parfois je subis. Enfin, j'agis… pas vraiment… c'est un peu comme de la survie en fait…

TH : Il y a une part de rêve, une part de souffrance… beaucoup même ! Et je me disais, c'est un peu comme si tu étais Gisèle et la Wilis en même temps : la Gisèle qui sombre dans la folie et la Wilis qui est condamnée à danser sans jamais pouvoir s'arrêter…

CP : Oui, il y a ces deux faces en fait du personnage.

TH : Vous êtes aller jouer en Pologne et vous avez fait une expérience avec le public qui était un peu différente d'ici.

SW : Oui, le public polonais était beaucoup plus spontané et actif C'est vrai que la salle était comble, il y avait 250 spectateurs au moins… et on a vécu une sorte de partage du monde… Il y avait les gens pour et contre. Et c'était très visible et audible… et en même temps Cécile continuait… Elle continuait, et continuait… C'est un spectacle éprouvant, je pense, pour tout le monde.

CP : Et du fait qu'il comprenaient la chanson, ils étaient d'autant plus enfermés dans le processus parce qu'ils avaient plus de limites, et il y avait peut-être moins de mystère…

SW : En même temps, ils ont vraiment apprécier ce radicalisme…Il nous ont demandé si on faisait exprès… Moi, comme je l'ai expliqué, on fait pas des pièces "exprès"… A un moment elle est venue, elle est née… Des fois justement, ils nous demandaient même plus que ce qui arrive… c'est à dire que ça dépassait ma propre imagination, mes propres émotions qui naissent sur le plateau…C'est aussi ce qu'on a ressenti du public polonais : c'est que ça prend des proportions… C'est comme une caisse de résonance de notre bouillonnement intérieur. C'est ce que crée cette pièce-là : on perd la notion de tout quelque part, du temps, des règles, des choses préétablies... On croit qu'on saisit au début, et après chacun la vit personnellement…

TH : Il m'arrivait souvent quand j'étais jeune de mettre un disque ou d'écouter une chanson trente fois parce qu'il y avait quelque chose d'obsessionnel… C'était tellement beau, ça me faisait tellement exploser de l'intérieur, et puis : impossible de s'arrêter, on s'enfonce dedans de plus en plus, on a l'impression… Mais après, Cécile fait une petite pause. Elle mange un truc. Et puis elle redémarre. Elle est un peu comme revigorée. Je sais pas, est ce que j'ai bien saisi ça hier, que le personnage redevient un peu plus combatif…?

CP : C'est un peu placebo en fait. Je crois que j'ai plus d'énergie mais c'est pas vraiment le cas…

TH : Ca passe par différents états cette boucle, par quelque chose de violent parfois, par un désespoir, par une un envie de s'envoler…?

(…)

On ne sait plus à un moment si on a vu trois, quatre ou cinq boucles, ou juste une seule… La petite boucle a l'air de devenir une grande boucle et de se superposer… et les repères dans le temps se perdent…

CP : Oui même moi je suis obligée d'avoir des repères pour les compter parce qu'on a des "top" ensemble… Je suis vraiment obligée d'avoir des images pour compter les changements…

SW : Evidemment, la "perdition" est un point de vue important dans cette pièce. Mais pour nous, il s'agissait vraiment de faire une œuvre accomplie. Il y a un début, il y a une fin… La pièce est conçue de façon à ce que tout se perde au dedans. Mais si on revient à la réalité, elle dure 45'. Mais c'est vrai qu'on peut voyager dans tous les sens… dans le sens du temps… et aussi de l'espace… parce que même sur le plateau petit, elle pousse, elle pousse, elle pousse ses murs… et à vrai dire elle pousse nos esprits, nos têtes…C'est comme ça que ça se passe.

TH : Ce n'est pas une boucle dans le sens où Cécile danserait tout en rond. Mais elle croise le plateau, et va dans toutes les directions, mais ça se répète… Mais quand même, l'idée de la boucle, c'est aussi un peu l'idée du vertige…

SW : On se rend compte que cette boucle aussi elle génère une énergie… Ca donne une vitesse… Elle amorce chaque fois quelque chose de nouveau …

(…)

TH : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… On se disait que c'était un peu compliqué pour dimanche matin, mais là il est 15h34, et on pourrait être  réveillé suffisamment pour pouvoir en dire quelque chose, Stanislaw ?

SW : C'est un titre que j'ai emprunté à un auteur polonais Witkiewicz qui écrivait des pièces de théâtre, des textes,  entre les deux guerres. Je l'ai tiré d'un livre…

CP : "L'unique issue" en français, c'est un roman…

SW : J'apprécie beaucoup cet auteur. Il était aussi radical dans ses pensées, dans ses choix et dans sa vision du théâtre. En même temps, il y a ce côté cyclique du temps qui passe… qui revient… Il y a aussi cet aspect qui se dégrade… dans le sens presque de pourrissement… : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… Novembre, c'est le mois le plus triste en Pologne… On passe par cet automne doré… Après les choses ne peuvent que renaître, c'est une amorce…

CP : Un cycle…

TH : Souvent, il est difficile dans les spectacles de danse contemporaine, quand c'est pas le ballet où c'est le personnage principal qui donne le titre au ballet. Dans la danse contemporaine, on a souvent un peu de mal à trouver un titre qui colle. C'est très très libre… Mais ici, je trouve que ça colle bien parce que ça parle du temps justement. Ca a aussi quelque chose de cette boucle, de ce temps qui se dilue… "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… Il y a déjà cette boucle…

CP : Oui, la boucle, c'est vraiment l'horloge aussi, le temps qui ne s'arrête jamais en fait…

TH : Vous avez une petite référence à Gilles Deleuze Différence qui parle de la répétition, dans "Différence et répétition" où il dit que "C'est dans un même mouvement que la répétition comprend la différence, non pas comme une variante accidentelle et extrinsèque, mais comme son cœur." Comment tu le ressens par rapport à ça, Cécile ?

CP : C'est vrai que dans cette boucle chorégraphique qui se répète…

TH : ..Alors répétition ou différence ?!

CP : C'est la différence qui ressort d'autant plus, les détails… comme l'essentiel de la pièce, plus que la forme chorégraphique elle-même qui se répète.

TH : On a vraiment le temps de tout éplucher avec les yeux… chaque geste…

CP : Les changements ressortent en fait…

TH : Absolument. Et puis ça se passe dans une telle proximité avec le public aussi, qu'il y a une sorte de magie… On est emporté, absorbé complètement… Donc c'est pas neutre… C'était fait pour un petit espace, et je pense que c'est très bien dans un petit espace.

Vous venez tous les deux de Lyon... Vous pouvez nous dire un peu ce que vous faites autrement à Lyon ?

SW : On est une compagnie de danse contemporaine installée à Lyon avec des liens privilégiés avec le Centre Culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin où j'ai créé mes principales œuvres régulièrement. On s'est essentiellement produit dans la région lyonnaise, et à l'étranger, et bien évidemment en Pologne. On mène la vie d'une compagnie qui doit s'impliquer dans un travail socio-culturel, chercher des spectacles, chercher de l'argent, exister, co-exister, continuer…

TH : Merci beaucoup… Alors c'est un spectacle… comme on l'a dit… pas tout à fait facile. C'est un spectacle qui pousse jusqu'au bout… qui est une expérience radicale… Mais c'est quand même de la danse… Vous voyez une danseuse magnifique… C'est une expérience qui secoue et qui bouleverse pas mal de choses en ce qui concerne la perception du spectacle, la perception du temps, la perception de soi-même peut-être aussi…

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Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre

Chorégraphe : Stanislaw Wisniewski

Interprète : Cécile Pégaz

Musique : Myslovitz "To nie byl film" ("Ce n'était pas un film")

Durée 50’

Coproduction : Cie Stanislaw Wisniewski /Centre Culturel C. Chaplin de Vaulx-en-Velin
Soutiens : DRAC et Région Rhône-Alpes, Conseil Général dans le cadre de la politique de la ville

CCN de Rillieux-la-Pape, CND de Lyon

Ville et Service Municipal des Affaires Culturelles de Chassieu

"C'est dans un même mouvement que la répétition comprend la différence,

non pas comme une variante accidentelle et extrinsèque, mais comme son cœur."

(Gilles Deleuze, Différence et répétition)

Féminin masculin à l'impersonnel du singulier, semblable et anonyme, une et multitude… Sur un air de notre temps, une chanson entraînante délivre les bribes de son histoire en filigrane. Les mots sont déjà là, étrangers ou assimilés, et affluent sans repos.

Elle interroge fébrilement du regard son image dans le public, miroir sans tain… Mais l'image se fige, ou se brouille. Une main au contact de son front vient en délimiter le dedans et les dehors. Et déjà d'autres reflets en surfaces, au sol, balisent ses pas, dans une direction puis une autre. Elle se replie en ressentis, ou s'érige en défis, et se remet en marche pour réunir le bout à bout de ses actions découpées. Dans un temps où réel et différé se confondent, elle lie et délie les frontières d'un espace de représentationsLe présent s'étire et se rétracte en déjà-vus, déjà-vécus ou s'immobilise, s'éternise, et enfin advient.

Différence et assimilation, espace individuel et culture urbaine, rupture et permanence dans le présent, la mémoire, subjectivité et répétition,  s'affrontent au devant du regard dans un mouvement perpétuel jusqu'à l'immobilité...

Cette pièce a été présentée :

en juillet 2006 pour sa création au Festival d'Avignon / en novembre 2006 sélection du FESTIVAL INTERNATIONAL DE DANSE DE LUBLIN / du 24 au 26/02/07 au Théâtre des deux rêves à Paris / le 22/03/07 en Slovaquie, en ouverture des JOURNEES CULTURELLES FRANCOPHONES à l'invitation de l'Institut français de Bratislava, de l'Alliance Française de Košice / les 21 et 22 septembre 2007 à La Guillotine de Montreuil / le 1er octobre 2007, à l'invitation de Karine Saporta, en ouverture des lundi de la danse qu'elle va programmer tout au long de l'année au Lavoir Moderne Parisien/ du 4 au 6/10/2007 au Centre Culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin / A l’invitation des Petites Scènes Ouvertes de Brest, au Vauban le 7/03/08 / En ouverture de saison à Micadanses le 22/09/08.

Prochainement : Festival Artdanthé de Vanves (mercredi  21 janvier 2009 à 19h30)

…La rencontre entre Stanislaw Wisniewski et son interprète Cécile Pégaz témoigne d'audace. Dans un solo intimiste... Une Lolita au regard sombre tente de s'arracher à ses obsessions... se dilate, se rebelle, si intense et si sincère qu'on la découvre toujours... C'est minimaliste, et c'est immense." Thomas Hahn, Danser, janvier 2007 : les spectacles qui ont marqué l'année 2006

"…Interprétation hors pair... La danseuse se transforme en une icône vivante… Transfigurée par la scène et galvanisée par la musique enivrante, elle délivre un flux incessant d'émotions contenues... Ici opèrent la sensualité, la présence et la "défonce" du corps en représentation, et en interactivité avec le public... Une empathie qui saisit le spectateur et ne se relâche jamais… médusé par une telle performance… Ici tout est vrai, rien n'est simulé"

Geneviève Charras, Turbulences Vidéo, oct 2006

"...Proposition parfaitement radicale… Quelque chose de dramatique et de troublant naît de la répétition elle-même et ce quelque chose est délibéré... pas sans changement… une danseuse exceptionnelle… une danse retenue et exigeante... L'expérience est passionnante…"

Philippe Verrièle, Les Hivernales, Point Danse, juillet 2006

"...Là où le danseur rend possible l'expérience du temps et lui donne un visage, le chorégraphe peut se permettre de le modeler, de le comprimer, de le dilater ou encore de le déconstruire. L'un des exemples les plus marquant de la saison passée est un solo absolument radical du chorégraphe polonais Stanislaw Wisniewski qui porte le titre surréaliste d'une citation de Witkiewicz : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre". Ici, Cécile Pégaz répète apparemment à l'infini une boucle, jusqu'à ce que le spectateur en perde la sensation du temps. Elle est l'image-temps et l'image-mouvement deleuziennes à la fois. Sur l'affiche, sa silhouette se découpe en bandes parallèles décalées. Cette image résume tout : le lien déchiré au monde, l'équidistance de l'intervalle, la fin des hiérarchies ..."

Thomas Hahn , Ballettanz, Hors-série "Le temps suffit" septembre 2007

Cécile Pégaz

Cécile Pégaz a reçu une formation principale en danse classique et contemporaine au Conservatoire National de Région à Lyon. Elle intègre ensuite la Compagnie Stanislaw Wisniewski pour la création de Ma mère l'Oye présentée en 2000 à l’Opéra national de Lyon. Elle participe depuis lors à toutes les créations de la Compagnie, en résidence au Centre Culturel C. Chaplin de Vaulx en Velin. En 2005, Portraits et Ce n’était pas un film lui ont valu un 1er prix d'interprétation en danse contemporaine au Festival International de Prague. Dès ces débuts, elle explore d’autres registres d’expression scénique par la recherche et le travail théâtral contemporain. En 2001, Gilles Chavassieux au Théâtre Les Ateliers lui confie le rôle d'un l’enfant au delà de la mort, dans sa mise en scène de 9mm de Lionel Spycher. En 2001 et 2002, elle apparaît dans les mises en

scène de R. Planchon Approche de Holderlin

Villeurbanne. Au cinéma en 2003, elle

court-métrage de Geoffrey Enthoven et

dans différents festivals dont celui d'expression au travers de

Dans la création en 2000 de

et Félicie la Provinciale au TNP de

accepte le rôle principal d’Héliotrope,

Sara Mac Master, en compétition

Gand. Elle développe cette source

différentes collaborations.

Giacometti ou l'oiseau n'a pas de

Visage, mise en scène par Albert Simond au Théâtre du Rond Point de Valréas, elle incarne aussi bien femmes, matière, sculptures… La frontière entre théâtre et danse disparaît. Elle participe ainsi à une création jeune public Jauk inspirée du théâtre balinais et mise en scène par Fabrice Taponard. Cette synthèse artistique qui caractérise son évolution trouve toute sa place dans les chorégraphies de Stanislaw Wisniewski qui associent volontiers d’autres arts…. En 2008, elle a été chorégraphe et interprète de la comédie musicale « Rendez-vous demain soir » crée par la Cie Mac Guffin’s à Lyon. Elle a également chorégraphié Les quatre saisons de Stanislaw Wisniewski avec le Lublin Dance Theater à Lublin et participé à la création franco-slovaque « Quelque chose est rouge » performance théâtrale de la Cie Là Hors de, mise en scène par Nathalie Veuillet.

Stanislaw Wisniewski

Danseur professionnel à un très jeune âge en Pologne, Stanislaw Wisniewski y a acquis une culture chorégraphique foisonnante alliant danses traditionnelle, classique, et moderne. Aux côtés du metteur en scène et chorégraphe Conrad Drzewiecki et du Théâtre Polonais de la Danse à Poznan, il a pris part aux premières créations de la danse contemporaine en Pologne.

Il a choisi il y a vingt cinq ans de s’installer en France où il a embrassé un répertoire tant néoclassique, que Modern-dance et contemporain. Après le Ballet d’Avignon puis le Ballet du Rhin, il intègre le Ballet National de l’Opéra de Lyon où il a travaillé avec Maguy Marin, Bill T. Jones, Angelin Preljocaj, Mats Ek, Christopher Bruce, William Forsythe... et y créé ses premières pièces dont l’une reçoit le Prix du Tokyo International Choregraphy Competition en 1991.

En fondant sa compagnie en 1995, avec laquelle il a créé une quinzaine de pièces à ce jour, il fait passer l’écriture chorégraphique au premier plan mais poursuit ses recherches de danseur au plus près de ses interprètes. Portraits chorégraphié en 2004, y marque un tournant à partir duquel s’affirment de plus en plus radicalement les topiques qui lui sont chers. Subjectivité et image dissèquent l’époque contemporaine, l'ère du Je et de l’accumulation, de la représentation et la reproduction mécanisée. Mémoire au présent, identité et altérité culturelle puisent à la vie du chorégraphe même.

En juillet 2006, Stanislaw Wisniewski a créé au Festival d'Avignon Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre sélectionné par Thomas Hahn pour la rédaction de la revue Danser comme le meilleur spectacle de l'année et que Micadanses a présenté le 22 septembre 2008 en ouverture de saison.  Afin de poursuivre ce travail, une résidence de recherche à Micadanses lui permet d’élaborer sa nouvelle création Okno qu’il présente du 16 au 18 octobre 2008 au Centre Culturel C. Chaplin de Vaulx en Velin. En avril 2008, il participe avec 2 formes brèves (Sonnez avant d’entrer et l’Escalier du diable) à l’inauguration du Dansoir et au Festival du Parvis Paris-Printemps par Karine Saporta en partenariat avec la Bibliothèque Nationale. En juillet 2008, Stanislaw Wisniewski initie un échange avec la cie du Lublin Dance Theater où il est reçu en résidence pour la création de :  Les quatre saisons, présentée du 18 au 21 juillet dans les sites historiques de la ville de Lublin. La Cie Stanislaw Wisniewski a été invitée par l’Ambassade de France en Slovaquie, en collaboration avec l’Institut Français de Bratislava, à présenter une pièce de son répertoire (Le Neveu de Rameau) dans le cadre des célébrations de la nouvelle présidence française de la Communauté européenne. La cie à fait participer plusieurs danseurs polonais à la re-création de cette chorégraphie dans la ville de Bratislava.

Autour de son travail de création, il a partagé son expérience avec des publics très variés professionnels, étudiants ou amateurs, (l'INSA de Lyon pour la section Danse-Etude, les Conservatoires Nationaux de Région où il a associé les jeunes danseurs au processus de création…). Le Centre National de la Danse de Lyon et l’ENSATT, le Défilé de la Biennale de la Danse 2004 de Lyon l'ont également sollicité en ce sens... La compagnie en résidence durant dix ans à Vaulx-en-Velin a tissé des liens étroits avec les habitants, faisant appel aux cultures de différentes communautés, en menant des actions de sensibilisation dans les écoles et lycées en amont des créations. La collaboration avec le Centre Culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin se poursuit avec l'accueil des spectacles de la Compagnie. Elle assure également depuis 2005 le tutorat d’Empi et Riaume une association de danses et musiques traditionnelles basée à Romans. En 2008, Stanislaw Wisniewski a chorégraphié pour elle une pièce issue du répertoire présentée au festival folklorique d’Aurillac. Il a initié cet été un échange avec le groupe de Strzegom en Pologne et son festival.

© Arthur Radecki

Le titre de cette pièce est extrait du roman de Witkacy "L'unique issue"

Cie Stanislaw Wisniewski : 22 rue des Capucins 69001 Lyon

tél/fax : 00 33 (0)4 78 39 54 89 - 00 33 (0)6 11 37 13 48 cie.wisniewski@free.fr

Communication/diffusion : Judith Wattez 134 rue Nationale 75013 Paris

tél/fax : 00 33 (0)1 56 61 10 36 - 00 33 (0)6 80  20 90 76  judith.wattez@9online.fr

Cie Stanislaw Wisniewski – Association régie par la loi de 1901 –SIRET 402 353 460 00023 – APE 923A –

Licence de spectacle: en cours de renouvellement  (anciennement : R/69/1095)

Extrait de l'émission "Tempête sur les planches" en direct sur Radio Libertaire le 25/02/2007

Thomas Hahn reçoit Cécile Pégaz et Stanislaw Wisniewski au sujet de la chorégraphie                           

"Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"

(…)

- Thomas Hahn : Nous allons maintenant faire connaissance avec le rock polonais et la danse contemporaine française : Cécile Pégaz et Stanislaw Wisniewski, Stanislaw Wisniewski qui est chorégraphe, et Cécile qui est son interprète, et tous les deux viennent de Lyon... Je vous salue (…) Stanislaw, qu'est ce que c'est cette musique ?

- Stanislaw Wisniewski : C'est la musique d'un groupe polonais pop rock qui s'appelle "Myslovitz". Le titre est "To nie byl film", en traduction "Ce n'était pas un film". C'est un groupe connu en Pologne et qui interprète des textes d'auteurs. Cette chanson raconte l'histoire d'un garçon qui se promène dans la rue…il s'ennuie… il essaie un peu d'occuper son temps… et pourquoi pas s'inspirer de films de séries B, ou du cinéma américain…et prendre un fusil, et tuer des belles filles qui ne font pas attention aux jeunes gens comme lui…

TH : Alors est ce que tu as fait ce solo pour un public français ou pour un public polonais ? Est ce qu'il y a une importance pour les polonais qui vivent en France, ou pour le public polonais quand vous jouez en Pologne, à comprendre les paroles ?

SW : Je pense que oui… parce qu'évidemment le texte véhicule une situation très claire donc on est moins dans quelque chose d'abstrait ou imaginatif… mais je pense que mon choix était plutôt universel donc je ne me posais pas de question à ce sujet…

TH : Alors pour le public français… il est assez ouvert de se faire une idée du personnage qu'on rencontre…Et la rencontre est forte !

SW : Oui je crois, avec l'expérience maintenant du spectacle qu'on a déjà joué, que la musique est vraiment très bien accueillie… et au contraire : porteuse… Tout le monde peut se trouver dedans, ressentir ou vivre des choses propres à chacun…C'est un peu aussi ma démarche : il ne s'agissait pas de donner une musique uniforme mais justement par des sonorités, réveiller nos sensibilités, susciter une réflexion…

TH : …C'est la musique (extrait)… Par contre elle passe en boucle… Alors le problème pour quelques spectateurs, c'est ça… Il faut dire que ce n'est pas un spectacle totalement facile. C'est un spectacle radical. (…) C'est un spectacle qui demande un peu d'investissement du spectateur… C'est quelque chose qui va au bout… Ca fonce…! Et c'est très curieux pour nous en tant que spectateur qu'on nous rejoue une sorte de boucle musicale… et une boucle chorégraphique aussi… une fois et une deuxième fois, troisième fois, quatrième, et encore et encore… Mais par contre, Cécile est tellement impressionnante qu'on ne s'en lasse absolument pas… surtout qu'il n'y a pas une simple répétition : il y a aussi une évolution, des changements, des états… Qu'est ce que tu peux nous en dire Cécile ?

- Cécile Pégaz : En fait, je pense que la chorégraphie est là un peu comme un emploi du temps… comme dans la vie de tous les jours… On va déjeuner, on va travailler… Et là, je fais tel mouvement après tel mouvement, mais finalement après elle passe au second plan… C'est les détails qui changent, simplement de l'être du moment, et ils ressortent… plus que la forme de la chorégraphie.

TH : On pourrait y voir éventuellement un artiste qui nous parle, dans l'autre sens du terme, de répétition : comment on sue… on transpire… quand on répète un spectacle encore et encore…

CP : Oui, mais en fait, pour moi, c'est aussi une seule phrase entière, autre que la boucle qui se répète… C'est une vie de A à Z.

TH : Alors comment est-ce que tu fait sur scène pour avoir ces yeux complètement noirs comme deux trous, comme deux trous noirs dans l'univers ?

CP : Je ne le fais pas. Ils viennent tous seuls…

TH : Stanislaw, elle fait comment ?!?

SW : Je crois qu'au début… c'est vrai que c'est une pièce radicale… Bon, on peut le dire aujourd'hui, oui... Mais au moment où on la créée, c'est des sentiments, c'est des envies qui nous poussent un peu à aller vers là… Et c'est vrai qu'elle a cette faculté d'aspirer le spectateur, de s'engouffrer… mais pas de s'engouffrer vers elle, mais je pense s'engouffrer vers nous-même. Et moi, la boucle de la chorégraphie, je peux la comparer à une respiration… On est obliger de toujours reprendre de l'air pour vivre... C'est une manière décalée de montrer

la vie, cette respiration nécessaire, et en même temps aussi de se questionner… parce que moi-même, hier soir, je me posais des questions aussi par rapport à ce qu'on fait et ce qui se passe sur le plateau. Et aussi, c'est un spectacle qui circule entre le plateau et les spectateurs… donc des fois on sait plus où se situer…

CP : En fait, le personnage que j'incarne est un peu comme une éponge de la société… parfois victime parfois bourreau… victime de ses désirs de ses pulsions… Il y a donc différentes choses qui passent à travers moi, et qui sont très différentes.

TH : On a l'impression que la fille essaie de s'arracher à quelque chose, mais que quelque chose aussi l'oblige à toujours continuer, toujours reprendre… C'est un cercle vicieux, il y a là quelque chose dont elle n'arrive pas à sortir et elle est obligée… Moi, ça me fait penser à l'univers de Sarah Kane. Ca me fait penser à la folie, aux problèmes d'amour, à la drogue, avec quelque chose de totalement obsessionnel dont on arrive pas à sortir…

CP : Oui, c'est la boucle aussi qui crée ça. Parfois, j'agis. Parfois je subis. Enfin, j'agis… pas vraiment… c'est un peu comme de la survie en fait…

TH : Il y a une part de rêve, une part de souffrance… beaucoup même ! Et je me disais, c'est un peu comme si tu étais Gisèle et la Wilis en même temps : la Gisèle qui sombre dans la folie et la Wilis qui est condamnée à danser sans jamais pouvoir s'arrêter…

CP : Oui, il y a ces deux faces en fait du personnage.

TH : Vous êtes aller jouer en Pologne et vous avez fait une expérience avec le public qui était un peu différente d'ici.

SW : Oui, le public polonais était beaucoup plus spontané et actif C'est vrai que la salle était comble, il y avait 250 spectateurs au moins… et on a vécu une sorte de partage du monde… Il y avait les gens pour et contre. Et c'était très visible et audible… et en même temps Cécile continuait… Elle continuait, et continuait… C'est un spectacle éprouvant, je pense, pour tout le monde.

CP : Et du fait qu'il comprenaient la chanson, ils étaient d'autant plus enfermés dans le processus parce qu'ils avaient plus de limites, et il y avait peut-être moins de mystère…

SW : En même temps, ils ont vraiment apprécier ce radicalisme…Il nous ont demandé si on faisait exprès… Moi, comme je l'ai expliqué, on fait pas des pièces "exprès"… A un moment elle est venue, elle est née… Des fois justement, ils nous demandaient même plus que ce qui arrive… c'est à dire que ça dépassait ma propre imagination, mes propres émotions qui naissent sur le plateau…C'est aussi ce qu'on a ressenti du public polonais : c'est que ça prend des proportions… C'est comme une caisse de résonance de notre bouillonnement intérieur. C'est ce que crée cette pièce-là : on perd la notion de tout quelque part, du temps, des règles, des choses préétablies... On croit qu'on saisit au début, et après chacun la vit personnellement…

TH : Il m'arrivait souvent quand j'étais jeune de mettre un disque ou d'écouter une chanson trente fois parce qu'il y avait quelque chose d'obsessionnel… C'était tellement beau, ça me faisait tellement exploser de l'intérieur, et puis : impossible de s'arrêter, on s'enfonce dedans de plus en plus, on a l'impression… Mais après, Cécile fait une petite pause. Elle mange un truc. Et puis elle redémarre. Elle est un peu comme revigorée. Je sais pas, est ce que j'ai bien saisi ça hier, que le personnage redevient un peu plus combatif…?

CP : C'est un peu placebo en fait. Je crois que j'ai plus d'énergie mais c'est pas vraiment le cas…

TH : Ca passe par différents états cette boucle, par quelque chose de violent parfois, par un désespoir, par une un envie de s'envoler…?

(…)

On ne sait plus à un moment si on a vu trois, quatre ou cinq boucles, ou juste une seule… La petite boucle a l'air de devenir une grande boucle et de se superposer… et les repères dans le temps se perdent…

CP : Oui même moi je suis obligée d'avoir des repères pour les compter parce qu'on a des "top" ensemble… Je suis vraiment obligée d'avoir des images pour compter les changements…

SW : Evidemment, la "perdition" est un point de vue important dans cette pièce. Mais pour nous, il s'agissait vraiment de faire une œuvre accomplie. Il y a un début, il y a une fin… La pièce est conçue de façon à ce que tout se perde au dedans. Mais si on revient à la réalité, elle dure 45'. Mais c'est vrai qu'on peut voyager dans tous les sens… dans le sens du temps… et aussi de l'espace… parce que même sur le plateau petit, elle pousse, elle pousse, elle pousse ses murs… et à vrai dire elle pousse nos esprits, nos têtes…C'est comme ça que ça se passe.

TH : Ce n'est pas une boucle dans le sens où Cécile danserait tout en rond. Mais elle croise le plateau, et va dans toutes les directions, mais ça se répète… Mais quand même, l'idée de la boucle, c'est aussi un peu l'idée du vertige…

SW : On se rend compte que cette boucle aussi elle génère une énergie… Ca donne une vitesse… Elle amorce chaque fois quelque chose de nouveau …

(…)

TH : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… On se disait que c'était un peu compliqué pour dimanche matin, mais là il est 15h34, et on pourrait être  réveillé suffisamment pour pouvoir en dire quelque chose, Stanislaw ?

SW : C'est un titre que j'ai emprunté à un auteur polonais Witkiewicz qui écrivait des pièces de théâtre, des textes,  entre les deux guerres. Je l'ai tiré d'un livre…

CP : "L'unique issue" en français, c'est un roman…

SW : J'apprécie beaucoup cet auteur. Il était aussi radical dans ses pensées, dans ses choix et dans sa vision du théâtre. En même temps, il y a ce côté cyclique du temps qui passe… qui revient… Il y a aussi cet aspect qui se dégrade… dans le sens presque de pourrissement… : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… Novembre, c'est le mois le plus triste en Pologne… On passe par cet automne doré… Après les choses ne peuvent que renaître, c'est une amorce…

CP : Un cycle…

TH : Souvent, il est difficile dans les spectacles de danse contemporaine, quand c'est pas le ballet où c'est le personnage principal qui donne le titre au ballet. Dans la danse contemporaine, on a souvent un peu de mal à trouver un titre qui colle. C'est très très libre… Mais ici, je trouve que ça colle bien parce que ça parle du temps justement. Ca a aussi quelque chose de cette boucle, de ce temps qui se dilue… "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… Il y a déjà cette boucle…

CP : Oui, la boucle, c'est vraiment l'horloge aussi, le temps qui ne s'arrête jamais en fait…

TH : Vous avez une petite référence à Gilles Deleuze Différence qui parle de la répétition, dans "Différence et répétition" où il dit que "C'est dans un même mouvement que la répétition comprend la différence, non pas comme une variante accidentelle et extrinsèque, mais comme son cœur." Comment tu le ressens par rapport à ça, Cécile ?

CP : C'est vrai que dans cette boucle chorégraphique qui se répète…

TH : ..Alors répétition ou différence ?!

CP : C'est la différence qui ressort d'autant plus, les détails… comme l'essentiel de la pièce, plus que la forme chorégraphique elle-même qui se répète.

TH : On a vraiment le temps de tout éplucher avec les yeux… chaque geste…

CP : Les changements ressortent en fait…

TH : Absolument. Et puis ça se passe dans une telle proximité avec le public aussi, qu'il y a une sorte de magie… On est emporté, absorbé complètement… Donc c'est pas neutre… C'était fait pour un petit espace, et je pense que c'est très bien dans un petit espace.

Vous venez tous les deux de Lyon... Vous pouvez nous dire un peu ce que vous faites autrement à Lyon ?

SW : On est une compagnie de danse contemporaine installée à Lyon avec des liens privilégiés avec le Centre Culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin où j'ai créé mes principales œuvres régulièrement. On s'est essentiellement produit dans la région lyonnaise, et à l'étranger, et bien évidemment en Pologne. On mène la vie d'une compagnie qui doit s'impliquer dans un travail socio-culturel, chercher des spectacles, chercher de l'argent, exister, co-exister, continuer…

TH : Merci beaucoup… Alors c'est un spectacle… comme on l'a dit… pas tout à fait facile. C'est un spectacle qui pousse jusqu'au bout… qui est une expérience radicale… Mais c'est quand même de la danse… Vous voyez une danseuse magnifique… C'est une expérience qui secoue et qui bouleverse pas mal de choses en ce qui concerne la perception du spectacle, la perception du temps, la perception de soi-même peut-être aussi…

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25 novembre 2008

prochainement

Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre sera présenté par
le Festival ARDANTHE
le 21 janvier 2009 à 19h30
Espace Panopée 11 Avenue Jezequel 92170 Vanves
Résa : 01 41 33 92 91

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Extrait de l'émission "Tempête sur les planches" en direct sur Radio Libertaire le 25/02/2007

 

Thomas Hahn reçoit Cécile Pégaz et Stanislaw Wisniewski au sujet de la chorégraphie 

 "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"

 

(…)

- Thomas Hahn : Nous allons maintenant faire connaissance avec le rock polonais et la danse contemporaine française : Cécile Pégaz et Stanislaw Wisniewski, Stanislaw Wisniewski qui est chorégraphe, et Cécile qui est son interprète, et tous les deux viennent de Lyon... Je vous salue (…) Stanislaw, qu'est ce que c'est cette musique ?

 

- Stanislaw Wisniewski : C'est la musique d'un groupe polonais pop rock qui s'appelle "Myslovitz". Le titre est "To nie byl film", en traduction "Ce n'était pas un film". C'est un groupe connu en Pologne et qui interprète des textes d'auteurs. Cette chanson raconte l'histoire d'un garçon qui se promène dans la rue…il s'ennuie… il essaie un peu d'occuper son temps… et pourquoi pas s'inspirer de films de séries B, ou du cinéma américain…et prendre un fusil, et tuer des belles filles qui ne font pas attention aux jeunes gens comme lui…

 

TH : Alors est ce que tu as fait ce solo pour un public français ou pour un public polonais ? Est ce qu'il y a une importance pour les polonais qui vivent en France, ou pour le public polonais quand vous jouez en Pologne, à comprendre les paroles ?

 

SW : Je pense que oui… parce qu'évidemment le texte véhicule une situation très claire donc on est moins dans quelque chose d'abstrait ou imaginatif… mais je pense que mon choix était plutôt universel donc je ne me posais pas de question à ce sujet…

 

TH : Alors pour le public français… il est assez ouvert de se faire une idée du personnage qu'on rencontre…Et la rencontre est forte !

 

SW : Oui je crois, avec l'expérience maintenant du spectacle qu'on a déjà joué, que la musique est vraiment très bien accueillie… et au contraire : porteuse… Tout le monde peut se trouver dedans, ressentir ou vivre des choses propres à chacun…C'est un peu aussi ma démarche : il ne s'agissait pas de donner une musique uniforme mais justement par des sonorités, réveiller nos sensibilités, susciter une réflexion…

 

TH : …C'est la musique (extrait)… Par contre elle passe en boucle… Alors le problème pour quelques spectateurs, c'est ça… Il faut dire que ce n'est pas un spectacle totalement facile. C'est un spectacle radical. (…) C'est un spectacle qui demande un peu d'investissement du spectateur… C'est quelque chose qui va au bout… Ca fonce…! Et c'est très curieux pour nous en tant que spectateur qu'on nous rejoue une sorte de boucle musicale… et une boucle chorégraphique aussi… une fois et une deuxième fois, troisième fois, quatrième, et encore et encore… Mais par contre, Cécile est tellement impressionnante qu'on ne s'en lasse absolument pas… surtout qu'il n'y a pas une simple répétition : il y a aussi une évolution, des changements, des états… Qu'est ce que tu peux nous en dire Cécile ?

 

- Cécile Pégaz : En fait, je pense que la chorégraphie est là un peu comme un emploi du temps… comme dans la vie de tous les jours… On va déjeuner, on va travailler… Et là, je fais tel mouvement après tel mouvement, mais finalement après elle passe au second plan… C'est les détails qui changent, simplement de l'être du moment, et ils ressortent… plus que la forme de la chorégraphie.

 

TH : On pourrait y voir éventuellement un artiste qui nous parle, dans l'autre sens du terme, de répétition : comment on sue… on transpire… quand on répète un spectacle encore et encore…

 

CP : Oui, mais en fait, pour moi, c'est aussi une seule phrase entière, autre que la boucle qui se répète… C'est une vie de A à Z.

 

TH : Alors comment est-ce que tu fait sur scène pour avoir ces yeux complètement noirs comme deux trous, comme deux trous noirs dans l'univers ?

 

CP : Je ne le fais pas. Ils viennent tous seuls…

 

TH : Stanislaw, elle fait comment ?!?

 

SW : Je crois qu'au début… c'est vrai que c'est une pièce radicale… Bon, on peut le dire aujourd'hui, oui... Mais au moment où on la créée, c'est des sentiments, c'est des envies qui nous poussent un peu à aller vers là… Et c'est vrai qu'elle a cette faculté d'aspirer le spectateur, de s'engouffrer… mais pas de s'engouffrer vers elle, mais je pense s'engouffrer vers nous-même. Et moi, la boucle de la chorégraphie, je peux la comparer à une respiration… On est obliger de toujours reprendre de l'air pour vivre... C'est une manière décalée de montrer

 

la vie, cette respiration nécessaire, et en même temps aussi de se questionner… parce que moi-même, hier soir, je me posais des questions aussi par rapport à ce qu'on fait et ce qui se passe sur le plateau. Et aussi, c'est un spectacle qui circule entre le plateau et les spectateurs… donc des fois on sait plus où se situer…

 

CP : En fait, le personnage que j'incarne est un peu comme une éponge de la société… parfois victime parfois bourreau… victime de ses désirs de ses pulsions… Il y a donc différentes choses qui passent à travers moi, et qui sont très différentes.

 

TH : On a l'impression que la fille essaie de s'arracher à quelque chose, mais que quelque chose aussi l'oblige à toujours continuer, toujours reprendre… C'est un cercle vicieux, il y a là quelque chose dont elle n'arrive pas à sortir et elle est obligée… Moi, ça me fait penser à l'univers de Sarah Kane. Ca me fait penser à la folie, aux problèmes d'amour, à la drogue, avec quelque chose de totalement obsessionnel dont on arrive pas à sortir…

 

CP : Oui, c'est la boucle aussi qui crée ça. Parfois, j'agis. Parfois je subis. Enfin, j'agis… pas vraiment… c'est un peu comme de la survie en fait…

 

TH : Il y a une part de rêve, une part de souffrance… beaucoup même ! Et je me disais, c'est un peu comme si tu étais Gisèle et la Wilis en même temps : la Gisèle qui sombre dans la folie et la Wilis qui est condamnée à danser sans jamais pouvoir s'arrêter…

 

CP : Oui, il y a ces deux faces en fait du personnage.

 

TH : Vous êtes aller jouer en Pologne et vous avez fait une expérience avec le public qui était un peu différente d'ici.

 

SW : Oui, le public polonais était beaucoup plus spontané et actif C'est vrai que la salle était comble, il y avait 250 spectateurs au moins… et on a vécu une sorte de partage du monde… Il y avait les gens pour et contre. Et c'était très visible et audible… et en même temps Cécile continuait… Elle continuait, et continuait… C'est un spectacle éprouvant, je pense, pour tout le monde.

 

CP : Et du fait qu'il comprenaient la chanson, ils étaient d'autant plus enfermés dans le processus parce qu'ils avaient plus de limites, et il y avait peut-être moins de mystère…

 

SW : En même temps, ils ont vraiment apprécier ce radicalisme…Il nous ont demandé si on faisait exprès… Moi, comme je l'ai expliqué, on fait pas des pièces "exprès"… A un moment elle est venue, elle est née… Des fois justement, ils nous demandaient même plus que ce qui arrive… c'est à dire que ça dépassait ma propre imagination, mes propres émotions qui naissent sur le plateau…C'est aussi ce qu'on a ressenti du public polonais : c'est que ça prend des proportions… C'est comme une caisse de résonance de notre bouillonnement intérieur. C'est ce que crée cette pièce-là : on perd la notion de tout quelque part, du temps, des règles, des choses préétablies... On croit qu'on saisit au début, et après chacun la vit personnellement…

 

TH : Il m'arrivait souvent quand j'étais jeune de mettre un disque ou d'écouter une chanson trente fois parce qu'il y avait quelque chose d'obsessionnel… C'était tellement beau, ça me faisait tellement exploser de l'intérieur, et puis : impossible de s'arrêter, on s'enfonce dedans de plus en plus, on a l'impression… Mais après, Cécile fait une petite pause. Elle mange un truc. Et puis elle redémarre. Elle est un peu comme revigorée. Je sais pas, est ce que j'ai bien saisi ça hier, que le personnage redevient un peu plus combatif…?

 

CP : C'est un peu placebo en fait. Je crois que j'ai plus d'énergie mais c'est pas vraiment le cas…

 

TH : Ca passe par différents états cette boucle, par quelque chose de violent parfois, par un désespoir, par une un envie de s'envoler…?

(…)

On ne sait plus à un moment si on a vu trois, quatre ou cinq boucles, ou juste une seule… La petite boucle a l'air de devenir une grande boucle et de se superposer… et les repères dans le temps se perdent…

 

CP : Oui même moi je suis obligée d'avoir des repères pour les compter parce qu'on a des "top" ensemble… Je suis vraiment obligée d'avoir des images pour compter les changements…

 

SW : Evidemment, la "perdition" est un point de vue important dans cette pièce. Mais pour nous, il s'agissait vraiment de faire une œuvre accomplie. Il y a un début, il y a une fin… La pièce est conçue de façon à ce que tout se perde au dedans. Mais si on revient à la réalité, elle dure 45'. Mais c'est vrai qu'on peut voyager dans tous les sens… dans le sens du temps… et aussi de l'espace… parce que même sur le plateau petit, elle pousse, elle pousse, elle pousse ses murs… et à vrai dire elle pousse nos esprits, nos têtes…C'est comme ça que ça se passe.

 

 

 

 

TH : Ce n'est pas une boucle dans le sens où Cécile danserait tout en rond. Mais elle croise le plateau, et va dans toutes les directions, mais ça se répète… Mais quand même, l'idée de la boucle, c'est aussi un peu l'idée du vertige…

 

SW : On se rend compte que cette boucle aussi elle génère une énergie… Ca donne une vitesse… Elle amorce chaque fois quelque chose de nouveau …

(…)

 

TH : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… On se disait que c'était un peu compliqué pour dimanche matin, mais là il est 15h34, et on pourrait être réveillé suffisamment pour pouvoir en dire quelque chose, Stanislaw ?

 

SW : C'est un titre que j'ai emprunté à un auteur polonais Witkiewicz qui écrivait des pièces de théâtre, des textes, entre les deux guerres. Je l'ai tiré d'un livre…

 

CP : "L'unique issue" en français, c'est un roman…

 

SW : J'apprécie beaucoup cet auteur. Il était aussi radical dans ses pensées, dans ses choix et dans sa vision du théâtre. En même temps, il y a ce côté cyclique du temps qui passe… qui revient… Il y a aussi cet aspect qui se dégrade… dans le sens presque de pourrissement… : "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… Novembre, c'est le mois le plus triste en Pologne… On passe par cet automne doré… Après les choses ne peuvent que renaître, c'est une amorce…

 

CP : Un cycle…

 

TH : Souvent, il est difficile dans les spectacles de danse contemporaine, quand c'est pas le ballet où c'est le personnage principal qui donne le titre au ballet. Dans la danse contemporaine, on a souvent un peu de mal à trouver un titre qui colle. C'est très très libre… Mais ici, je trouve que ça colle bien parce que ça parle du temps justement. Ca a aussi quelque chose de cette boucle, de ce temps qui se dilue… "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"… Il y a déjà cette boucle…

 

CP : Oui, la boucle, c'est vraiment l'horloge aussi, le temps qui ne s'arrête jamais en fait…

 

TH : Vous avez une petite référence à Gilles Deleuze Différence qui parle de la répétition, dans "Différence et répétition" où il dit que "C'est dans un même mouvement que la répétition comprend la différence, non pas comme une variante accidentelle et extrinsèque, mais comme son cœur." Comment tu le ressens par rapport à ça, Cécile ?

 

CP : C'est vrai que dans cette boucle chorégraphique qui se répète…

 

TH : ..Alors répétition ou différence ?!

 

CP : C'est la différence qui ressort d'autant plus, les détails… comme l'essentiel de la pièce, plus que la forme chorégraphique elle-même qui se répète.

 

TH : On a vraiment le temps de tout éplucher avec les yeux… chaque geste…

 

CP : Les changements ressortent en fait…

 

TH : Absolument. Et puis ça se passe dans une telle proximité avec le public aussi, qu'il y a une sorte de magie… On est emporté, absorbé complètement… Donc c'est pas neutre… C'était fait pour un petit espace, et je pense que c'est très bien dans un petit espace.

 

Vous venez tous les deux de Lyon... Vous pouvez nous dire un peu ce que vous faites autrement à Lyon ?

 

SW : On est une compagnie de danse contemporaine installée à Lyon avec des liens privilégiés avec le Centre Culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin où j'ai créé mes principales œuvres régulièrement. On s'est essentiellement produit dans la région lyonnaise, et à l'étranger, et bien évidemment en Pologne. On mène la vie d'une compagnie qui doit s'impliquer dans un travail socio-culturel, chercher des spectacles, chercher de l'argent, exister, co-exister, continuer…

 

TH : Merci beaucoup… Alors c'est un spectacle… comme on l'a dit… pas tout à fait facile. C'est un spectacle qui pousse jusqu'au bout… qui est une expérience radicale… Mais c'est quand même de la danse… Vous voyez une danseuse magnifique… C'est une expérience qui secoue et qui bouleverse pas mal de choses en ce qui concerne la perception du spectacle, la perception du temps, la perception de soi-même peut-être aussi…

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08 juillet 2008

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07 juillet 2008

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Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre

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Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre

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                                                photo Thierry Tijeras

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Les quatre Saisons

Okno

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Résidence  : au Théâtre de Lublin du 20 juin au 20 juillet pour la création de "Les quatre saisons".
Présentation du spectacle  "Les quatre saisons le 18 juillet dans les sites historiques de la ville de Lublin

Première : Ouverture de Saison à Micadanses le lundi 22 septembre à partir de 19h30 avec "Le monde septembrisait en octobrisant lentement vers novembre"

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